Le vertige de l’acceptation

Accepter mais accepter quoi au juste ? S’accepter soi-même, accepter ses émotions, ses réactions, accepter la maladie ? Il me semble que l’acceptation a le dos large mais, en même temps, force est d’admettre que l’acceptation consiste en un objectif incontournable dans le cadre du traitement d’un trouble de l’alimentation.

Pour plusieurs, l’acceptation semble abstraite et impossible. L’envisager fait souvent très peur et, oui, donne le vertige ! Et si l’on entrevoyait l’acceptation autrement en l’apprivoisant un pas à la fois ?

De l’énergie mieux canalisée

L’opposé de l’acceptation est en quelque sorte la résistance. La résistance au changement, le maintien rigide de nos habitudes et la répétition de comportements que l’on sait nocifs pour nous mais qui en même temps nous rassurent et nous apaisent. Avez-vous remarqué à quel point résister est épuisant et nous demande une quantité incroyable d’énergie ? S’imposer des limites, ne pas s’accorder des plaisirs et se fermer aux autres et à leurs tentatives d’aide ?

Cesser de résister est en quelque sorte une façon de récupérer de l’énergie qui pourra être canalisée autrement. Quant à ce que ce soit difficile, pourquoi ne pas le faire pour que cela ait un sens ? Choisir l’acceptation n’est pas un objectif en soi, c’est d’ailleurs le voir de cette façon qui à mon avis fait très peur. C’est plutôt une direction que l’on donne à tout pleins d’efforts que nous ferons mais qui, à l’opposé de la résistance, nous rapprocheront du bien-être et d’une vie sans le trouble alimentaire. La première étape est donc d’ouvrir la porte. Se donner le droit de contempler l’idée que les choses pourraient se passer autrement…

S’ouvrir au changement

Une étape cruciale de la rémission du trouble alimentaire est celle où l’on s’ouvre à l’idée de remettre en question des perceptions et des comportements qui, jusqu’à maintenant, semblaient faire complètement du sens et même nous faire du bien.Construits et entretenus par nos expériences de vie respectives, nous avons tous des « patterns » qui nous suivent. Désir de tout contrôler, difficulté à se montrer vulnérable, peur d’être abandonné, besoin de combler un vide intérieur qui nous habite et j’en passe ! Ces « patterns » sont en fait des façons profondément ancrées en nous qui décrivent comment nous gérons les situations auxquelles nous faisons face, nos émotions et nos réactions. La plupart du temps, ce sont ces mêmes « patterns » qui nous ont sauvé la vie à un moment ou un autre et qui nous ont permis de passer à travers des moments très pénibles. Mais, avec le temps, il arrive souvent que nous constations que ce qui nous a peut-être servi à un moment donné de bouée de sauvetage, nous coûte maintenant plus cher que ce qu’il nous apporte. S’ouvrir au changement signifie donc aussi accepter de voir les choses différemment.

Accepter d’essayer

Il n’est pas rare que j’obtienne un refus lorsque je suggère à mes patients de changer leurs comportements; et je comprends ! Selon moi, il est beaucoup plus facile d’envisager « essayer » quelque chose de nouveau, que de se sentir contraint de changer sans possibilité de revenir en arrière. Et sans essayer, on ne sait vraiment jamais à quoi l’on renonce. C’est donc étape par étape, que l’on devrait accepter d’essayer de faire face à l’inconnu et oui, à la peur. C’est en essayant que l’on peut arriver à découvrir et apprivoiser des facettes de nous-même que l’on ne croyait pas possibles. S’accepter soi-même, accepter ses vulnérabilités, ne pas se juger et ne pas se culpabiliser… ne sont pas des fins en soi mais plutôt des chemins sur lesquels nous naviguons, vertige inclus ! L’objectif ? Être bien, être soi-même, se respecter et prendre soin de soi.
Et si accepter d’essayer c’était amorcer la guérison ?

Dre Stéphanie Léonard, psychologue

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