Le fragile équilibre du « bien manger »

« Bois du thé vert, ça brûle les graisses. »
« Fais attention de ne pas grignoter entre les repas si tu veux rester mince. »
« Ne mange pas trop de chocolat, ça fait grossir! »
« J’ai décidé d’arrêter de manger du pain, des pâtes et des patates, car il paraît que c’est mauvais. »
« Le gluten, c’est toxique! Je ne touche plus à ça. »
« Si tu veux gagner de la masse, ça te prend de la viande, matin, midi et soir. »
« Ne mange pas après 19h, ça fait engraisser! »

Avez-vous mal à la tête de lire ça? Et bien moi oui! Il n’y a jamais eu autant d’informations sur la nutrition… Or, les gens sont de plus en plus mêlés, confus, angoissés et méfiants face à cette montagne de messages contradictoires.

Comme le disait si bien Hélène Laurendeau lors du Sommet sur l’alimentation: « Les gens sont plus sévères envers eux-mêmes que les nutritionnistes. Pourtant, bien manger 80 % du temps c’est déjà une très bonne note. » J’ajouterais d’ailleurs que bien manger 100% du temps signifie tomber dans le panneau de l’obsession alimentaire, des régimes populaires… ou dans l’univers des troubles alimentaires.

Saviez-vous que l’essai d’un premier régime est souvent le déclencheur d’une relation trouble avec la nourriture?

Alors, de grâce, continuez de vous contenter de ne pas atteindre la perfection. Par exemple, ne culpabilisez pas en savourant un morceau de gâteau moelleux lors d’une fête d’amis, en laissant une place aux aliments qui vous font plaisir dans votre garde-manger ou en commandant une pizza au restaurant.

Les 50 nuances de gris des aliments

La nutrition ce n’est ni noir, ni blanc. Une tonne de nuances de gris est à considérer. En effet, la dimension biologique et nutritionnelle de l’alimentation n’est qu’une seule composante de la saine alimentation. Or, il en existe beaucoup d’autres! Le goût demeure d’ailleurs un déterminant majeur des choix alimentaires puisque manger est aussi une source de plaisir. La dimension socioculturelle, qui englobe entre autres le temps accordé à s’alimenter, l’ambiance des repas et l’endroit où on mange a aussi son importance dans le maintien d’une saine relation avec les aliments et d’un poids naturel.

Les personnes souffrant de troubles alimentaires en viennent à tellement focaliser sur la dimension biologique des aliments, qu’elles ont tendance à s’isoler et à mettre de côté cette dimension sociale (ex. à décliner les invitations au restaurant) si importante afin de conserver le plaisir de manger. Voilà un signal d’alerte d’une obsession alimentaire. Notre relation avec la nourriture est pourtant aussi importante que le contenu de notre assiette.

La valeur des aliments ne se résume pas à la somme ou la soustraction de leurs nutriments.

Comme le dit le dicton, seule la dose fait le poison. Les aliments que nous mangeons uniquement par plaisir peuvent donc faire partie d’une alimentation équilibrée, sans mettre en péril notre santé. On ne le dira jamais assez: aucun aliment à lui seul ne peut vous faire maigrir, vous faire engraisser ou vous garantir la santé. Tout est une question d’équilibre… et de plaisir dans l’assiette!

Délaisser le contrôle pour retrouver l’équilibre

Avez-vous déjà entendu dire qu’en amour, c’est quand on arrête de chercher qu’on trouve? En alimentation, c’est un peu la même chose qui se produit! C’est quand on arrête de vouloir contrôler ce qu’on mange qu’on devient plus en mode « écoute » de ses besoins, de ses désirs et de ses signaux de faim et de satiété et qu’on peut enfin les satisfaire adéquatement.

Résultat: on retrouve l’équilibre alimentaire, un bon niveau d’énergie, le plaisir de manger et de bouger pour les bonnes raisons (pour se sentir bien dans son corps et dans sa tête, plutôt que pour perdre du poids à tout prix).En prime, on arrête d’avoir constamment mal à la tête, d’avoir des pannes sèches en fin d’après-midi… et de finir par « flancher » en soirée. Après tout, les pertes de contrôle alimentaires n’existent plus dès que le contrôle et la privation ne sont plus de la partie! Autrement dit, c’est quand on mange moins avec notre tête et plus en se laissant guider par ses envies et préférences que l’on devient un mangeur plus intuitif, conscient et satisfait aux repas. D’ailleurs, saviez-vous que la satisfaction gustative est cruciale afin d’être rassasié aux repas? Ceci explique d’ailleurs pourquoi on peut avoir tendance à avoir envie de grignoter suite à un repas assez consistant, mais peu satisfaisant. Allez-y, faites-vous plaisir, assumez les aliments dont vous avez envie et savourez!

Rédaction : Maude Lagacé Dt.p. et Marjolaine Mercier Dt.p., Nutritionniste-Diététistes aux Cliniques M Nutrition www.mnutrition.ca

*Les références de ce texte peuvent être fournies sur demande.

Commentaires (2)

  1. Caroline dit

    Je suis suivi depuis 9 mois en clinique des troubles de l’alimentaire, pour anorexie mentale restrictive. J’ai un problème de surpoids depuis l’enfance, et je n’ai jamais pu apprécier totalement manger que depuis quelques temps… Cet article reflète bien la réalité… ce n’est par contre pas évident à mettre en pratique, quand toute ta vie tu es en gros surpoids… car tu te dis toujours: je devrais pas manger ça… c’est pas pour rien que je suis grosse…

    Je suis en train de renverser la vapeur… pour moi, mais aussi je dois éduquer mon entourage. Grosse job 🙂

  2. Genevieve dit

    Je vie la même situation que toi.
    Je te comprends tellement.
    Concernant notre entourage je suis pas certaine qui vont comprendre un jour.
    Peut être que s’ils sont capable de prendre le temps de lire ce texte et et avoir une certaine ouverture différentes que la leurs bien ça pourrait être un bon début.
    C’est un combat à tout les jours.
    Mais je suis certaine que je vais y arriver.
    Lâche pas!

Poster un commentaire