Les alliés : une pièce du casse-tête du rétablissement

Avec cet article, je souhaite mettre en lumière l’impact et l’importance du soutien des proches dans le processus de rétablissement d’un trouble alimentaire. Lorsque je parle des proches, je parle des personnes significatives dans l’entourage de la personne qui vit un trouble alimentaire, que ce soit un membre de la famille immédiate, de la famille élargie, un conjoint.e, un.e ami.e, un.e collègue, etc., qui vont à leur manières être présentes pour la personne.

Les bienfaits des alliés

Le rôle d’un proche est de soutenir et d’accompagner la personne qui vit un trouble alimentaire. Il faut comprendre que ce n’est pas de faire à la place de la personne ou de prendre toute la responsabilité du processus de rétablissement. Le trouble alimentaire pousse la personne à s’isoler et les relations avec les autres deviennent de plus en plus difficiles, parfois tendues et conflictuelles. Garder un lien fort et de confiance est donc toute une arme contre le trouble alimentaire! Ce soutien précieux peut prendre différentes formes : être disponible pour écouter la personne, l’encourager en soulignant les forces et les marques de progrès, offrir de la douceur et du réconfort, passer du bon temps et rire, accompagner la personne à ses rendez-vous, croire en elle et garder espoir, etc. Il ne faut pas banaliser ces différents gestes, car ils font une différence pour les personnes qui vivent un trouble alimentaire, surtout lors des périodes de découragement. La présence du proche envoie le message fort que la personne soutenue en vaut la peine, qu’elle mérite l’amour des autres et qu’elle est importante. C’est d’autant plus important, car bien souvent les personnes qui vivent un trouble alimentaire pensent le contraire d’elles-mêmes.

Prendre soin des alliés

Bien que la famille soit une ressource importante dans le processus de rétablissement, celle-ci vit souvent une grande détresse, et elle n’est pas à minimiser. Les parents ont tendance à se sentir coupables et responsables. Ils remettent en question leurs compétences parentales, leurs propos, leurs valeurs et leurs habitudes familiales à la recherche d’un sens. Or, les causes d’un trouble alimentaire sont multifactorielles (facteurs biologiques, personnels, familiaux, culturels et sociaux), et ce n’est pas la famille qui provoque un trouble alimentaire. Les frères et sœurs ressentent eux aussi l’impact du trouble alimentaire. Ils peuvent vivre plusieurs émotions parfois en contradiction, comme d’être triste et empathique envers ce que leur proche vit, mais être aussi frustré du temps et de l’attention qui lui est accordé. Il est donc important de les inclure dans le processus de rétablissement. La fratrie peut représenter une belle force, mieux vaut miser sur celle-ci!

Par ailleurs, le sentiment d’impuissance vient généralement faire son entrée, car comme le trouble alimentaire est un trouble de santé mentale, il n’existe pas de recette avec des étapes bien concrètes à suivre pour remédier à la situation. Chaque démarche de rétablissement est unique, et l’accompagnement nécessite patience et tolérance. Il est néanmoins possible de diminuer ce sentiment envahissant en étant à l’écoute de nos besoins en tant que proches. Le premier besoin ressenti est souvent celui d’information, afin de mieux connaître et comprendre le trouble alimentaire ainsi que les attitudes aidantes. Ensuite, le besoin d’échanger avec des personnes qui vivent une situation semblable. Des groupes de soutien pour les proches, des soirées de témoignages, des billets de blogue et des forums peuvent aider à se sentir moins seule et à s’outiller. Aussi, les proches manifestent fréquemment le besoin de soutien émotionnel, qui peut être apporté par des professionnels ou des membres de l’entourage. Il est important qu’ils puissent ventiler et exprimer leurs émotions sur les difficultés qu’ils vivent sans se sentir jugés.

Prendre soin de soi lorsqu’on est un proche d’une personne qui vit un trouble alimentaire n’est pas le premier réflexe, mais c’est bel et bien dans les premiers conseils que je donne aux proches que je rencontre. Le meilleur exemple que je peux donner, c’est la règle de sécurité dans un avion qui dit de mettre son propre masque à oxygène avant d’aider une autre personne. Notre propre épuisement a un impact sur notre relation avec la personne qui vit un trouble alimentaire, ainsi que les autres membres de la famille. Prendre soin de soi en mettant nos limites et en respectant nos besoins donne l’exemple à la personne vivant un trouble alimentaire qui souvent a tendance à s’oublier et à se dévaloriser. Demander de l’aide, c’est faire preuve de courage.

En conclusion, j’ai envie de vous poser quelques questions pour vous permettre de poursuivre votre réflexion. Si vous êtes une personne qui vit un trouble alimentaire, qui sont vos alliés? Quels gestes posent-ils qui vous font du bien? Si vous êtes un proche qui accompagne une personne qui vit un trouble alimentaire, quelle est votre principale force en tant qu’allié? Quelles sont les actions que vous posez pour prendre soin de vous?

Personnes vivant un trouble alimentaire et alliés, sachez que vous pouvez obtenir de l’aide. ANEB, la Maison l’Éclaircie et ses nombreux partenaires, dans le cadre de la Semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires, offrent différentes formes de soutien, dont de l’écoute téléphonique, de l’information, des groupes de soutien et plus encore. Contactez-nous!

Marie-Andrée Cheney,
Intervenante sociale à la Maison l’Éclaircie

Commentaires (2)

  1. Mélanie dit

    Bonjour
    J aimerais savoir si l’hyperphagie boulimique fait partie de trouble alimentaire?

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