Des deux côtés du comptoir de la cuisine

Par : Aurélie, blogueuse d’ANEB, en collaboration avec sa mère Marie-Line  

Des deux côtés du comptoir de la cuisine

C’est difficile de se mettre à la place de nos proches lorsqu’on souffre d’un trouble de comportement alimentaire (TCA). Ceux qui ne veulent que notre bien deviennent à nos yeux hostiles, voire menaçants. Leur incompréhension nous parvient comme des insultes et leurs encouragements sonnent parfois comme des mensonges.

On se réjouit de leurs angoisses à notre égard et on s’enrage lorsqu’ils nous disent qu’on « a l’air mieux » ou qu’on a « bien mangé ». Chaque mot, chaque regard de travers peut provoquer une explosion. Ce n’est qu’avec le temps qu’on finit par entrevoir leur point de vue. Voici un mot de ma maman, celle qui a toujours été là.

Aurélie

On ne met pas un enfant au monde avec l’idée de le voir souffrir. On ne lui souhaite pas d’être la proie de tourments. Il n’est donc pas surprenant que le trouble s’installe à notre insu, qu’il s’enracine sournoisement…. Avant d’éclater au grand jour. Choc. Stupéfaction. Le déni est impossible devant l’évidence. La course contre la montre commence alors… La peur au ventre, le cœur en miettes et dans l’incompréhension la plus totale.

Très vite, on sent qu’on doit aider, mais on ignore comment. Chacune de nos paroles, chacun de nos gestes, chacune des expressions sur notre visage devient susceptible de nuire, de blesser ou pire, de déclencher une crise. Et il y a cette culpabilité envahissante : qu’a-t-on fait de mal?

Nos maladresses se multiplient, le manque de connaissances et de stratégies est flagrant et le désespoir guette.

Puis, on apprend.

On accepte d’abord et avant tout de taire la culpabilité. On apprend vite qu’elle est contre-productive de toute façon.

On assimile ensuite tout ce qui existe sur ce sujet méconnu, absent des tribunes et ce, malgré l’abondance des cas (et on s’indigne certes un peu car, si on avait su, on aurait peut-être pu, on aurait peut-être vu).

On apprend à être LÀ. Même si notre présence est repoussée et détestée, on reste là. À tout prix. De malhabile et contrôlante, notre présence devient plus discrète et utile.

On apprend aussi à attendre. Attendre qu’elle ait envie de parler. Attendre le bon moment.

Attendre le calme. Attendre les succès.

Puis, on apprend à écouter. À notre grand étonnement, elle nous a guidés, pas à pas, dans notre rôle. Suffisait d’écouter.

Elle avait les clés.

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