Les troubles alimentaires en période de pandémie : Et non, vous n’êtes pas seul.e !

La pandémie a eu un impact considérable sur le bien-être de la population. Pour les personnes aux prises avec un trouble alimentaire, les effets peuvent être particulièrement importants. À ce titre, les études scientifiques font un constat très préoccupant de la situation : en plus d’être davantage assujettis à vivre un niveau élevé de détresse psychologique, 15 à 69 % des personnes souffrant de troubles alimentaires ont vu leurs symptômes s’accroître en réponse à la pandémie [1,2]. La pandémie a non seulement eu un impact négatif sur ceux qui souffraient déjà de troubles alimentaires, mais elle a également augmenté la probabilité que des jeunes développent des troubles alimentaires [1,3].

Face à cette situation, il n’est donc pas surprenant d’entendre dire que plusieurs services spécialisés en troubles alimentaires ont vu les demandes de consultation doubler depuis le début de la pandémie. Parmi les raisons mentionnées pour expliquer cette situation, l’isolement social peut notamment avoir joué un rôle significatif à un moment où la détresse, la frustration, l’incertitude et l’anxiété sont à leur comble. Mais nous désirons dire à ces personnes qui souffrent de troubles alimentaires, vous n’êtes pas seul.es !

En ce qui a trait aux services de soins, bien que la pandémie ait eu un impact certain sur l’accès aux services spécialisés en début de parcours, cette crise sanitaire a conduit à une restructuration rapide de la prestation de services avec la télémédecine. Ainsi, cette crise a forcé l’immersion de nouvelles stratégies thérapeutiques et de gestion en ligne, qui permettent aux personnes vivant avec des troubles alimentaires de jouir d’une plus grande diversité d’options thérapeutiques. Plusieurs avantages ont été associés à cette télémédecine, comme une réduction du temps de déplacement et des coûts de traitement. De plus, certaines personnes peuvent également trouver cette forme de thérapie moins anxiogène, leur permettant ainsi d’obtenir de l’aide directement à la maison. D’ailleurs, des données préliminaires actuellement disponibles laissent croire que l’efficacité des traitements via vidéoconférence est similaire à celle des traitements en présentiel [4-7]. Un soutien hybride est également en place dans plusieurs services, permettant ainsi de bénéficier des avantages de chacune des deux formes de services (c’est-à-dire, face à face et en ligne). Nous convenons toutefois que certaines personnes peuvent avoir de la difficulté à s’adapter à ces nouvelles modalités de traitement en ligne, pouvant créer entre autres un sentiment de distance avec le thérapeute.

N’hésitez donc pas, si vous souffrez d’un trouble alimentaire, à transmettre toutes vos inquiétudes à votre thérapeute, celui-ci a à cœur de vous offrir un service qui répond le mieux à vos attentes et vos besoins.

Si vous n’avez pas eu accès à des services d’aide professionnel, même en ligne, n’oubliez pas que des lignes d’écoute et de soutien sont disponibles pour vous aider à traverser les moments plus difficiles. Il est évident que le soutien social a également été ébranlé pendant la pandémie, les possibilités de quitter le domicile ou de s’engager dans des activités personnelles et sociales étant limitées en raison des directives de distanciation physique. Toutefois, si vous souffrez d’un trouble alimentaire, n’hésitez pas à identifier une personne de votre entourage positive et bienveillante, à laquelle vous pourrez vous référer lors des périodes plus difficiles. Le choix de cette personne est important, il s’agit de se diriger vers quelqu’un en qui vous avez confiance, qui saura vous écouter sans jugement et vous donner du soutien lorsque vous en aurez besoin. Il est également possible de trouver de nouvelles voies de soutien. Par exemple, certains groupes de soutien ont migré vers des rencontres en ligne, ce qui les rend plus accessibles. Enfin, il est possible de profiter de ce confinement pour revisiter des activités que vous avez peut-être délaissées, dans le tourbillon de la vie quotidienne, et qui peuvent vous aider à faire face à la situation, comme par exemple, les activités extérieures (jouer dehors, marcher, patiner, etc.) ou encore la lecture. Ce moment de pause est une occasion de les réapprivoiser. Si vous êtes un proche d’une personne souffrant d’un trouble alimentaire, soyez à l’écoute de cette personne, soyez présent, tout en adoptant une attitude bienveillante. Cela favorisera la communication et facilitera les confidences.

Heureusement, le contexte de pandémie dans lequel nous vivons est temporaire. La vaccination allant bon train, il est maintenant possible d’entrevoir un retour à la normale d’ici quelque temps. Mais d’ici-là, si vous avez des difficultés alimentaires, n’hésitez surtout pas à faire appel aux professionnels de la santé, à votre famille, à votre conjoint ou encore à vos amis. Même dans cette situation plus qu’exceptionnelle, vous n’êtes pas seul.e !

Par : CEPIA – Centre d’expertise Poids, Image et Alimentation 

Références
1. Phillipou A, Meyer D, Neill E, Tan EJ, Toh WL, Van Rheenen TE, et al. Eating and exercise behaviors in eating disorders and the general population during the COVID-19 pandemic in Australia: Initial results from the COLLATE project. The International journal of eating disorders. 2020; 53: 1158-1165.

2. Termorshuizen JD, Watson HJ, Thornton LM, Borg S, Flatt RE, MacDermod CM, et al. Early impact of COVID-19 on individuals with self-reported eating disorders: A survey of ~1,000 individuals in the United States and the Netherlands. The International journal of eating disorders. 2020; 53: 1780-1790.

3. Haripersad YV, Kannegiesser-Bailey M, Morton K, Skeldon S, Shipton N, Edwards K, et al. Outbreak of anorexia nervosa admissions during the COVID-19 pandemic. Archives of disease in childhood. 2020.

4. Anderson KE, Byrne CE, Crosby RD, Le Grange D. Utilizing Telehealth to deliver family-based treatment for adolescent anorexia nervosa. International Journal of Eating Disorders. 2017; 50: 1235-1238.

5. Murphy R, Calugi S, Cooper Z , Dalle Grave R. Challenges and opportunities for enhanced cognitive behaviour therapy (CBT-E) in light of COVID-19. The Cognitive Behaviour Therapist. 2020; 13.

6. Weissman RS, Bauer S , Thomas JJ. Access to evidence-based care for eating disorders during the COVID-19 crisis. The International journal of eating disorders. 2020; 53: 369-376.

7. Goldfield GS , Boachie A. Delivery of family therapy in the treatment of anorexia nervosa using telehealth. Telemedicine journal and e-health : the official journal of the American Telemedicine Association. 2003; 9: 111-114.

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